| Jacline Durand-Demontes |
| L'aube en couleurs |
| Des cristaux d'améthyste, après avoir osé Répandre en éventail leurs flammes violines S'irisent à présent de teintes corallines Pour flamber l'horizon jusque-là sclérosé. Se nimbant d'incarnat de plus en plus rosé Aux éclairs de topaze entr'ouverts d'opalines Une clarté nouvelle au-dessus des collines S'illumine d'un bleu finement arrosé. Vient le moment magique où tressaille la flore D'innombrables parfums, tandis que se colore La ramure naissante avec d'infinis verts. Le matin qui se lève en venant nous séduire Par des flots de turquoise issus de l'univers, Au seuil de l'Eden semble alors nous conduire. |
| Sous le signe d'un poisson |
| Pour vous parler de la murène, J'en userais bien des crayons, Car il faut que je vous l'apprenne, Elle est, comme nous le craignons, En cet être auquel nous croyons: Un poisson qui semble bonasse Mais qui nous perce d'aiguillons Juste avant qu'il ne soit vorace. Il lorgne la moindre sirène En clignant des yeux, pharillons, Convoite ses atouts de reine Et n'en laisse que des moignons; Puis détruit en brefs tourbillons, Lors d'un surprenant volte-face, Le doux nid où nous l'accueillons Juste avant qu'il ne soit vorace. Aucun scrupule ne le freine, A laisser nos jours en haillons Et peut d'une façon sereine Meurtrir le cœur des oisillons; Il fuit la clarté des rayons, Car l'ombre le rend efficace, Bien caché dans les gravillons, Juste avant qu'il ne soit vorace. |
| ENVOI |
| Ô Seigneur! Nous nous recueillons Pour qu'un jour enfin sa grimace Se fasse cuire à gros bouillons, Juste avant qu'il ne soit vorace. |