| Chantal Monnier |
| Nostalgie |
| Je la revois ballerine, Alors qu'elle était enfant, Elle était si féminine. Peut-être un peu cabotine, Mais ainsi je l'aimais tant, Je la revois ballerine. Quand elle se fait câline, Tout redevient comme avant, Elle était si féminine. Que passe une crinoline Avec un joli gonflant, Je la revois ballerine. Un tutu de mousseline La parait d'un soin charmant, Elle était si féminine. Aujourd'hui, ma colombine Trouve cela déplaisant! Je la revois ballerine. Bien souvent je l'imagine Dans la belle au bois dormant, Je la revois ballerine. Elle était si féminine. |
| Oppressante nui |
| Lorsque le jour s'épuise au bout du crépuscule, Le noir, en grand vainqueur, relève le flambeau, Et le soleil vexé, dans l'abîme bascule. La nuit avale tout, elle se fait tombeau, Le silence qui plane étouffe alors la vie Qui palpite et s'endort sous l'aile du corbeau. C'est trop tard pour la faim! La table est desservie, Le sommeil calmera l'appel des ventres creux, Mais plus vorace à l'aube, attendra leur envie. De l'univers obscur, le voile ténébreux Crée un monde irréel de frayeur et d'angoisse, L'évanescent fantôme aime les coins ombreux. La lune jette un œil, dès que le ciel se froisse Sous la force du vent qui ne veut pas mourir: Un regard pour la mer, un sur chaque paroisse. Et dans l'âme en péril, les rêves vont courir; Ephémère salut de toute créature Livrée aux cauchemars et qu'il faut secourir. L'aurore est aux abois, debout, Dame Nature! |