Pierre-Victor Guex-Borgeaud
 
Le pâtre rêvant d’amours
(Avec les rimes des Conquérants de J.M. de Heredia)

 

J'ai trop longtemps rêvé, dans mon pays natal,
De dames en hennin, superbes et hautaines.
Elles s'amourachaient de fringants capitaines
Et non du pastoureau romantique et brutal.

Quand, de leurs éperons résonnait le métal
Et qu'ils se prévalaient de victoires lointaines,
Moi, l'insecte bouseux, je rentrais mes antennes
En songeant aux malheurs du monde occidental.

.Jamais je n'ai livré de leurs combats épiques,
Ni souffert sur nos monts des fièvres des Tropiques
Et je n'ai pas non plus de plats d'argent doré.

Que vaut mon bateau plat, face à leurs caravelles ?
Je resterai toujours un berger ignoré ;
Je ne rêverai plus de conquêtes nouvelles.

 

Philtre

 

Quel vin, herbé de quelles herbes,
M'a t'on fait boire en mon printemps,
Aux jours où je liais en gerbes
Avoine, méteil ou froment ?

J'étais comblé d'une caresse,
D'un seul frôlement de ta main,
Du seul espoir d'une promesse,
De l'attente d'un lendemain.

Jamais, nous ne pourrons décrire
Ni notre amour ni nos élans.
J'attendais tout de ton sourire
Sous le soleil étincelant.