Devant mes yeux ravis, comme une aire d'aiglons,
S'élève une cité dont les nobles tourelles
Reflètent bien la sève et l'ardeur naturelles
Des premiers Gruériens, de robustes colons.
Les seigneurs de ces lieux, sur de blancs étalons,
Parcouraient la contrée, oyant les pastourelles
Et les fiers armaillis aux voix intemporelles
Dont l'écho renvoyait les liobas aux vallons.
Dans les jours de l'été, la coraule dansante
Remontait la vallée en spirale enlaçante,
Jusqu'au Pays-d'Enhaut, ce terroir ancestral.
Quand le serein fraîchit tous les verts pâturages,
La brume, doucement, nimbe les clochers sages
Où s'égrène en mineur l'angélus vespéral. |