Al'Aube |
| Bonjour, petit rayon caressant ma chaumière, Il fait jour sur le monde embrumé de sommeil. La bruyère empesée allonge un brin vermeil Qu'allume la rosée en émaux de lumière. L'herbe longue s'étire en levant ses cheveux Reflétés par la mare en ses rides muettes. Un chevreuil rentre au bois, de râleuses chouettes Ferment l'oeil au soleil, éludant leurs aveux. La fauvette déclame une gamme impromptue. On croit voir onduler la bruine en ruban, Comme un souffle, une haleine, un limpide turban Qui dessine sas fin, l'infini perpétue... Sur la pente luisante, une odeur de furet, Une touffe de poils dans les mousses glacées, Quelques plumes en tas, par goupil délaissées, Tout suggère un festin dans la sombre forêt. La vallée amplifie un murmure d'eaux claires, Un caillou dérochant sous le pied d'un chamois. L'aile rèche d'un pic perd son air trop sournois Quand Phoebus lit d'un trait ses veines scapulaires. Le hameau sort de l'ombre en baîllant ses volets, Une carne s'ébroue, attendant son fourrage, Puis l'enclume martèle un écho de ferrage, Sur le feu qui bourdonne enragent des soufflets. Des bruits de voix, des pas, dans les maisons blotties A l'entour de l'église où la cloche d'airain Nous rassure et tracasse en battant son refrain, De prime à l'angelus, en salves ralenties. Le laitier fait tinter ses dix boilles d'or blanc. Une odeur de pain chaud distrait quelques abeilles Des parfums buissonniers et les salsepareilles Accrochent leur liane en grimpant tout de flanc. Alourdi d'une selle, un âne débonnaire Suit les creux du chemin où son pas va crissant. Il machônne, impassible, aussi bon qu'un croissant, Quelque tige volée, armoise ou saponaire... |