| Tout m'étreint dans le non-dit,
Fol espoir ou bien démence,
Long soupir vers la clémence,
Peur au ventre et vin maudit
Saoul d'alcool, de trop de rêve,
Sans que jamais soit calmé
Ce cri du coeur affamé,
J'écris encore et sans trêve.
En proie à tant d'errements
Nés de l'espoir, d'une peine,
J'exhale une prose vaine
De trop entiers sentiments.
Toi, ma muse, ourlant ma flamme,
Tu devines, me comprends,
Encourages sans défends,
Vibrant écho de mon âme.
Quelquefois, ivre de mots,
Je divague, puis j'explose,
J'éructe et vomis ma glose,
Tous mes chagrins, mes sanglots.
Suant, souquant à ma rime,
Traçant d'étranges phrasés,
Soliloques embrasés
Où s'enfouit ma déprime...
Oui, tu lis mon désarroi,
Levain de tant de chants rauques
En ces nuits longues et glauques,
Quand s'enlise mon charroi.
Ton inlassable audience
Laisse à ma lèvre affleurer
Ce qui pourrait écoeurer
Toute sainte patience.
Et ton penser suit mon pas
Qui va, butant la caillasse,
Peinant dans l'âcre brouillasse,
Chercher le nord sans compas.
Toi, tellement nécessaire
Pour ce combat sans témoin,
Dans lequel je crois, au loin,
Voir l'aurore salutaire.
En mon secret univers
Il est temps que je t'invite.
Mais la raison, je l'évite:
Sauras-tu lire à l'envers?
Viens, ma muse ensorcelante,
Courte mèche à mes canons,
Poudre à sauter tous les ponts,
Sur la mer étincelante...
Viens, dans les vents agités,
Frémir sans peur... outre-brume,
Avec, aux lèvres, l'écume,
Sang d'océans révoltés.
Viens, lorsque l'aube s'allume,
Ouïr cet air enchanté:
La sirène au chant d'été
Guidant, secrète, ma plume... |